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Guide · Marchés internationaux

Appels d’offres en Inde et au Pakistan : portails, règles d’accès et veille

L’Inde et le Pakistan ont tous deux dématérialisé leurs achats publics : un portail central en Inde, adossé à des dizaines d’instances régionales, et une plateforme fédérale au Pakistan que les provinces rejoignent peu à peu. Pour une entreprise étrangère, la question n’est pas seulement « où sont les avis ? » mais « lesquels me sont ouverts ? » : les deux pays filtrent fortement l’accès des soumissionnaires étrangers.

Publication : VIGLIA Publié le 8 min de lecture
Illustration éditoriale VIGLIA pour « Appels d’offres en Inde et au Pakistan : portails, règles d’accès et veille ».

Deux pays, trois circuits

Avant de chercher un portail, identifiez qui paie et qui achète. Trois circuits coexistent, avec des règles d’éligibilité différentes :

  • Le niveau central : ministères, entreprises publiques et organismes autonomes, qui publient sur le portail national de chaque pays.
  • Les États indiens et les provinces pakistanaises, qui ont leurs propres règles et leurs propres portails : une grande partie des travaux et des services locaux passe par eux.
  • Les projets financés par les bailleurs (Banque mondiale en tête) et les achats des agences des Nations unies, qui suivent les règles du financeur, et non celles du pays.

Pour un fournisseur européen, ce troisième circuit est souvent la porte d’entrée la plus ouverte ; les deux premiers demandent une présence locale ou un partenaire.

Inde : CPPP, GeM, défense, États

Le CPPP (Central Public Procurement Portal, eprocure.gov.in) est le point de passage obligé du niveau central : la règle 159 des General Financial Rules 2017 impose aux ministères et organismes centraux d’y publier avis, rectificatifs et attributions. Le portail est opéré par le National Informatics Centre (NIC) sur son moteur GePNIC, que le NIC dit déployé dans 31 États et territoires et plus de 700 entités centrales. Le téléchargement des dossiers y est gratuit.

Concrètement, la page d’accueil affiche les dix derniers avis et rectificatifs, rafraîchis toutes les 15 minutes, et le site propose des vues par organisation, par lieu et par classification, des archives, les avis annulés ou relancés et une liste des entreprises exclues, utile avant de choisir un partenaire local. La liste complète des avis actifs et la recherche avancée passent par un CAPTCHA : le CPPP est conçu pour une lecture manuelle, recherche après recherche.

Le GeM (Government e-Marketplace) est la place de marché des achats courants : la même réglementation rend son usage obligatoire pour les biens et services qui y sont référencés. Fournitures, informatique, nettoyage, gardiennage, location de véhicules : ce qui relève du GeM ne paraît pas au CPPP. Le guide d’inscription des vendeurs réserve la vente aux fabricants et à leurs revendeurs agréés et exige la conformité fiscale GST, donc une immatriculation indienne. Les Global Tender Enquiries lancées sur GeM ont leur propre liste, bidplus-global.gem.gov.in, avec des échéances exprimées en heure indienne.

La défense a son instance GePNIC, defproc.gov.in, où publient les organisations du ministère : travaux et maintenance d’infrastructures militaires, fournitures, rectificatifs. Les grands équipements relèvent de la Defence Acquisition Procedure 2020 et procèdent par demandes d’information et de proposition adressées ; les achats de fonctionnement (rechanges, consommables, services) suivent le Defence Procurement Manual 2025, applicable aux demandes de proposition émises depuis le 1er novembre 2025.

Les États publient sur leurs propres portails : instances GePNIC, comme ceux du Maharashtra ou du Tamil Nadu, ou systèmes propres, comme ceux du Karnataka ou du Telangana. Une veille indienne sérieuse commence par choisir les États où vous pouvez livrer et assurer le service.

Inde : les règles qui filtrent l’étranger

Quatre règles décident, avant toute question de prix, si une entreprise étrangère peut répondre :

  • La Global Tender Enquiry. La règle 161(iv) des GFR interdit l’appel d’offres international jusqu’à 200 crores de roupies, sauf dérogation préalable (instructions du Department of Expenditure). La recherche avancée du CPPP propose d’ailleurs un filtre GTE.
  • Make in India. Le Public Procurement (Preference to Make in India) Order classe les soumissionnaires selon leur contenu local : Class-I à partir de 50 %, Class-II à partir de 20 %. Hors GTE, seules ces deux classes peuvent soumissionner ; la révision de juillet 2024 exclut du calcul les produits importés revendus et les redevances versées à l’étranger.
  • La signature numérique. Déposer sur le CPPP, le portail défense et les instances GePNIC exige un certificat de signature numérique de classe III émis par une autorité agréée en Inde : comptez le délai d’obtention dans votre calendrier.
  • La frontière terrestre. Depuis juillet 2020, un soumissionnaire d’un pays qui partage une frontière terrestre avec l’Inde doit être enregistré auprès d’un comité du ministère de l’Industrie, avec une habilitation politique et sécuritaire (communiqué officiel). Le Pakistan est concerné.

Pakistan : PPRA, EPADS et provinces

Au niveau fédéral, la Public Procurement Regulatory Authority (PPRA) fixe les règles et opère la plateforme EPADS. Sa version 2.0 est déployée dans l’administration fédérale depuis le 15 février 2026, selon les annonces de la PPRA. Les opportunités ouvertes sont publiques sur epads.gov.pk : 1 546 le 24 septembre 2026, de l’aéroport au réseau électrique en passant par le conseil et l’informatique. Le site de publication de la PPRA en affichait 2 427 le même jour, avis clos depuis moins de dix jours compris.

Deux règles comptent pour un étranger. Le délai minimal de réponse est de 15 jours en appel d’offres national et de 30 jours en international ; la préférence nationale ne joue que lorsque des fournisseurs locaux affrontent des soumissionnaires internationaux, pour les travaux et certains biens produits au Pakistan (FAQ de la PPRA). L’inscription sur EPADS s’appuie sur des identifiants pakistanais, et les dossiers types de travaux demandent un partenaire local en coentreprise au soumissionnaire qui n’exerce pas dans le pays.

Les provinces ont leurs autorités : la PPRA du Punjab et son système e-PADS, l’autorité du Sindh, celle du Khyber Pakhtunkhwa, qui fait déposer les offres sur une instance EPADS. Côté défense, la direction des achats de l’armée de terre, celle de la marine et le ministère de la Production de défense (usines POF, Heavy Industries Taxila) publient eux aussi sur le site de la PPRA.

Banque mondiale et Nations unies

Les deux pays empruntent massivement à la Banque mondiale : son flux public d’avis de passation comptait, le 24 septembre 2026, 47 352 avis historiques pour l’Inde et 10 158 pour le Pakistan, tous types confondus. Ces marchés sont passés par les agences nationales, mais selon les règles de la Banque, qui ouvrent en général la concurrence aux entreprises de tous pays. Les agences des Nations unies achètent aussi pour leurs programmes dans la région et publient sur UNGM. La Banque asiatique de développement publie sur son propre site.

Au-delà de la défense : ce qui s’achète

Les avis observés sur les portails centraux couvrent tous les métiers de VIGLIA :

  • Industrie et énergie : transformateurs, disjoncteurs haute tension, vannes, pompes, pour les compagnies d’électricité, de gaz et les raffineries (industrie et fabrication).
  • Informatique : serveurs, logiciels, outils de test, conseil en transformation numérique, pour les universités, instituts et agences d’identité (numérique et cybersécurité).
  • Services : nettoyage, gardiennage, maintenance, audit, assurance (services et facility management).
  • BTP et immobilier : bâtiments publics, aéroports, ports, réseaux, location de bureaux (construction et infrastructures).

Ces avis ne portent pas de code CPV : ni les portails nationaux ni la Banque mondiale n’utilisent la nomenclature européenne. La recherche se fait sur le titre, l’objet et l’acheteur.

Répondre : les points de contrôle

  • Qui finance ? Budget national ou bailleur : les règles d’éligibilité en découlent.
  • En Inde, l’avis est-il une GTE ? Sinon, votre contenu local vous classe-t-il Class-I ou Class-II ?
  • Disposez-vous d’un certificat de signature numérique indien de classe III, ou d’une inscription EPADS au Pakistan, avant la date limite ?
  • Un partenaire local est-il exigé (travaux au Pakistan) ou utile (installation, service après-vente, garanties bancaires locales) ?
  • Frais de dossier et garantie de soumission : leur montant et leur mode de paiement sont fixés avis par avis.

La méthode générale, de la lecture du dossier au dépôt, est détaillée dans notre guide répondre à un appel d’offres public.

Ce que VIGLIA couvre aujourd’hui

VIGLIA suit plus de 200 sources officielles dans plus de 60 pays, sur six continents. Pour l’Inde et le Pakistan, son périmètre de sources présenté comprend la liste des Global Tender Enquiries publiées sur GeM, les avis publics d’EPADS et ceux du système de publication de la PPRA (EPMS), ainsi que les avis de passation des projets financés par la Banque mondiale et UNGM. Chaque périmètre suivi est convenu avec le client.

VIGLIA ne couvre pas encore le CPPP, la place de marché nationale du GeM, le portail défense indien, les portails des États indiens, les portails des provinces pakistanaises ni la Banque asiatique de développement : ils ne sont pas dans le périmètre collecté. Les listes complètes du CPPP et du portail défense sont protégées par CAPTCHA ; pour ces circuits, les liens officiels ci-dessus restent la référence.

Sur les sources couvertes, VIGLIA rapproche chaque avis de votre catalogue en lisant son contenu, sans dépendre d’un code CPV que ces avis ne portent pas, et conserve le lien vers la publication d’origine.

FAQ

Une entreprise française peut-elle répondre à un appel d’offres public en Inde ?

Oui, mais surtout lorsque l’acheteur lance une Global Tender Enquiry (GTE). Hors GTE, l’ordre « Make in India » réserve la plupart des marchés aux fournisseurs dont le contenu local atteint au moins 20 %, et les règles financières fédérales interdisent la GTE jusqu’à 200 crores de roupies sauf dérogation. Il faut aussi un certificat de signature numérique indien de classe III pour déposer sur les portails e-procurement du NIC. Les projets financés par la Banque mondiale suivent les règles de la Banque, en général ouvertes à tous les pays.

Faut-il un partenaire local pour répondre au Pakistan ?

Pas toujours, mais souvent. L’inscription sur EPADS repose sur des identifiants pakistanais (numéro fiscal, registre des sociétés), et pour les travaux les dossiers types publiés sur EPADS demandent qu’un soumissionnaire qui n’exerce pas au Pakistan soit représenté par un partenaire local en coentreprise, selon les règles du Pakistan Engineering Council. Lisez la section éligibilité de chaque dossier : elle prime sur toute règle générale.

VIGLIA surveille-t-il le CPPP, le GeM ou EPADS ?

En partie. VIGLIA suit les Global Tender Enquiries publiées sur GeM (bidplus-global.gem.gov.in), les avis publics d’EPADS et ceux du système de publication de la PPRA (EPMS), ainsi que les avis des projets financés par la Banque mondiale et UNGM. Le CPPP et le portail défense indien, dont les listes complètes sont protégées par CAPTCHA, la place de marché nationale du GeM et les portails des États indiens et des provinces pakistanaises ne sont pas encore couverts.

Sources de référence

Consultez les références ci-dessous et notre méthode éditoriale. Les documents d’origine font foi ; une synthèse ne remplace pas la validation de votre équipe. Méthode éditoriale.