Deux circuits, deux logiques
Avant de chercher un portail, identifiez qui paie le marché. Il n’existe pas de TED asiatique : les avis se répartissent entre deux circuits aux règles très différentes.
- Les projets financés par une banque multilatérale : Banque asiatique de développement (BAsD, ou ADB en anglais), Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), Banque mondiale. L’emprunteur passe le marché, mais selon les règles du bailleur : avis en anglais, procédure internationale, éligibilité fixée par la banque.
- Les achats sur budget national, publiés sur le portail de chaque pays, dans sa langue, avec ses propres conditions d’enregistrement. Leur ouverture aux étrangers dépend des engagements internationaux du pays.
Pour une PME européenne qui découvre la région, le premier circuit est souvent le plus accessible : documents standardisés, anglais partout, règles connues à l’avance.
Qui peut répondre : l’AMP et les accords de l’UE
Sur budget national, la clé est l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’OMC. D’après la liste officielle de l’OMC, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, Taïwan (au titre du « Taipei chinois ») et Hong Kong sont parties à l’accord, comme l’Union européenne. Leurs acheteurs couverts doivent donc traiter une entreprise française comme une entreprise locale au-dessus des seuils de l’accord. La Malaisie, le Viêt Nam, la Thaïlande, les Philippines et la Chine n’y sont qu’observateurs : aucune obligation d’ouverture n’en découle.
L’Union européenne a complété ce socle par des accords bilatéraux. La page marchés publics hors UE d’Access2Markets, le portail de la Commission, liste pour la région l’accord de partenariat économique UE-Japon et les accords de libre-échange avec Singapour, la Corée du Sud et le Viêt Nam. Ce dernier compte le plus pour un fournisseur européen : selon la fiche de la Commission, il ouvre les marchés des ministères centraux, des organismes publics de Hanoï et de Hô-Chi-Minh-Ville, de l’électricien EVN, des chemins de fer vietnamiens et d’une liste d’hôpitaux publics, avec des seuils qui baissent progressivement. Aucun accord équivalent ne figure dans cette liste pour la Malaisie, la Thaïlande ou les Philippines.
BAsD et AIIB : les marchés des projets financés
La Banque asiatique de développement, basée à Manille, compte 69 membres dont 50 de la région. Ses avis de projets couvrent les transports, l’énergie, l’eau, le développement urbain, la santé ou l’éducation : avis préalables, appels d’offres, présélections, attributions. Le conseil suit un circuit à part : les avis de recrutement de consultants paraissent sur le CSRN, et une société doit s’enregistrer dans le Consultant Management System avant de déposer une manifestation d’intérêt. La règle d’origine est stricte : les financements de la BAsD sont réservés aux biens, travaux et services des pays membres. La France en fait partie depuis 1970, comme la Belgique, la Suisse et le Canada.
L’AIIB, basée à Pékin, applique une règle inverse : sa politique de passation ouvre ses marchés aux entreprises de tous les pays, membres ou non, hors entreprises exclues ou sanctionnées. Au 24 septembre 2026, sa liste d’opportunités recensait 1 120 documents depuis 2016, dont 278 publiés en 2026 : avis généraux et spécifiques de passation, demandes de manifestation d’intérêt, plans de passation et avis d’attribution. Ses projets ne se limitent pas à l’Asie : on y trouve aussi la Turquie ou l’Azerbaïdjan.
La Banque mondiale finance aussi de nombreux projets dans la région, avec sa propre base d’avis. Pour les trois banques, deux réflexes : suivre les avis généraux de passation, qui annoncent les marchés d’un projet des mois avant l’appel d’offres, et vérifier dans chaque avis quelle banque finance le lot, car c’est elle qui fixe l’éligibilité.
Japon, Corée, Singapour, Taïwan : les marchés ouverts
Japon. La base de données de la JETRO publie en anglais les résumés des avis couverts par l’AMP et par l’accord UE-Japon ; le gouvernement l’a désignée comme point d’accès unique au titre de cet accord. Elle est mise à jour chaque jour de parution du journal officiel Kanpo. Pour les contrats attribués entre le 1er avril 2026 et le 31 mars 2028, le seuil de l’administration centrale est de 100 000 DTS, soit 20 millions de yens, pour les fournitures et les services autres que la construction et l’ingénierie, d’après la page de la JETRO. Les dossiers eux-mêmes sont en japonais ; la soumission électronique passe par le portail des marchés gouvernementaux et exige un certificat électronique enregistré.
Corée du Sud. Les acheteurs publics publient sur KONEPS (Nara Jangteo), en coréen. Pour les achats de biens étrangers, le Public Procurement Service décrit une procédure dédiée : publication préalable des spécifications pendant 7 jours pour recueillir les remarques des industriels, offres rédigées en anglais, enregistrement du soumissionnaire étranger possible jusqu’à la signature du contrat, sur justificatif d’activité délivré ou notarié dans son pays.
Singapour. Le ministère des Finances publie toutes ses consultations sur GeBIZ, en anglais, sans préférence nationale affichée. Pour répondre, il faut un compte GeBIZ Trading Partner ; une société sans numéro d’entité singapourien s’enregistre via Corppass sur pièce d’identité étrangère, selon le guide officiel, avec traduction certifiée des documents non anglais.
Taïwan. Le système de marchés électroniques de la Public Construction Commission propose une recherche en anglais des avis. La loi sur les marchés publics renvoie la participation des fournisseurs étrangers aux traités auxquels Taïwan est partie, et permet de fixer dans le dossier les pièces exigées d’eux.
Viêt Nam, Philippines, Thaïlande, Malaisie : lire les conditions d’abord
Viêt Nam. Le système national de marchés électroniques, rattaché au ministère des Finances, propose une interface en anglais et une rubrique dédiée aux marchés couverts par les accords commerciaux. La loi sur les marchés n° 22/2023/QH15 impose à un soumissionnaire étranger en appel d’offres international de s’associer à une entreprise vietnamienne ou de sous-traiter localement, sauf si aucune entreprise locale n’a la capacité requise.
Philippines. Depuis décembre 2020, les acheteurs publics sont invités à publier sur PhilGEPS, en anglais. Mais les règles d’application de la loi RA 12009 réservent en principe les marchés de fournitures aux entreprises détenues à 60 % au moins par des Philippins ; un étranger n’y est admis que dans les cas prévus par l’autorité des marchés, par exemple en cas de réciprocité certifiée par son gouvernement. Pour les travaux, il faut qu’un traité ou un accord international le prévoie.
Thaïlande. Le portail e-GP du Comptroller General’s Department est en thaï, et soumettre suppose d’y être enregistré comme fournisseur. Le rapport 2025 du département d’État américain sur le climat d’investissement rappelle l’initiative « Made in Thailand » de 2021, qui oriente au moins 60 % des achats de biens vers des producteurs locaux.
Malaisie. Les avis fédéraux paraissent sur ePerolehan. Selon le guide du gouvernement britannique, toute entreprise doit être enregistrée auprès du ministère des Finances malaisien, et les travaux exigent en plus les enregistrements PKK et CIDB. Le Royaume-Uni et le Canada bénéficient de l’accord transpacifique (CPTPP) ; l’Union européenne n’en est pas partie.
Au-delà de la défense : ce qui s’achète
Les deux banques régionales financent surtout des infrastructures. Pour les entreprises de construction et d’ingénierie, c’est le cœur du flux : routes, rail, eau, énergie, bâtiments de santé et d’éducation. Les industriels et équipementiers y trouvent des lots de fournitures : compteurs, pompes, matériel électrique, équipements médicaux. Côté budget national, le Public Procurement Service coréen cite parmi ses achats à l’étranger des machines, du matériel médical, du matériel ferroviaire et des équipements de télécommunications.
Le numérique et le conseil sont présents partout : systèmes d’information financés par les projets, assistance technique, supervision de travaux, études. Notre guide des appels d’offres informatiques détaille la lecture de ces avis, et celui des marchés de travaux les points propres aux chantiers.
Répondre : les points de contrôle
Un marché asiatique se prépare plus tôt qu’un marché français. Quatre questions avant d’y consacrer une équipe :
- Êtes-vous éligible ? Pays membre pour la BAsD, absence d’exclusion pour l’AIIB, marché couvert et seuil atteint pour un pays de l’AMP, règles de nationalité au Viêt Nam et aux Philippines.
- Pouvez-vous déposer ? Compte GeBIZ via Corppass, certificat électronique au Japon, enregistrement PPS en Corée, inscription au CMS de la BAsD : comptez plusieurs semaines pour certains de ces prérequis.
- La langue est-elle maîtrisée ? Anglais pour les banques, Singapour et les Philippines ; japonais, coréen, thaï ou vietnamien pour les dossiers nationaux, avec traductions certifiées des pièces administratives.
- Pouvez-vous exécuter ? Partenaire local quand la loi l’impose, garanties bancaires, logistique, devise de paiement.
Notre guide pour répondre à un appel d’offres public reprend la méthode générale.
Ce que VIGLIA couvre aujourd’hui
VIGLIA suit plus de 200 sources officielles dans plus de 60 pays, sur six continents. En Asie de l’Est et du Sud-Est, son périmètre de sources présenté comprend le P-Portal japonais des marchés publics, les avis publics du CCGP chinois, les avis d’appels d’offres du Government Logistics Department de Hong Kong, la partie de PhilGEPS consultable sans compte aux Philippines et les avis de marchés de la JICA. S’y ajoutent les avis de passation de la Banque mondiale et UNGM, le portail des agences des Nations unies. Dans le reste de l’Asie, VIGLIA suit aussi le GeM indien, deux portails pakistanais et les portails de huit pays du Moyen-Orient et du Caucase, des Émirats arabes unis à la Géorgie. Chaque périmètre suivi est convenu avec le client.
VIGLIA ne couvre pas encore la BAsD, l’AIIB, GeBIZ, KONEPS, le système vietnamien, e-GP ni ePerolehan : ils ne sont pas dans le périmètre collecté. Pour ces circuits, les liens officiels ci-dessus restent la référence.
Sur les sources couvertes, VIGLIA rapproche chaque avis de votre catalogue en lisant son contenu, sans dépendre d’un code CPV que ces avis ne portent pas, et conserve le lien vers la publication d’origine.
FAQ
Une entreprise française peut-elle répondre à un appel d’offres financé par la Banque asiatique de développement ?
Oui, sous condition d’origine. Les marchés financés par les ressources de la BAsD sont réservés aux biens, travaux et services des pays membres de la Banque ; la France en est membre non régional depuis 1970, comme la Belgique et la Suisse. Pour le conseil, il faut d’abord enregistrer la société dans le Consultant Management System de la BAsD ; pour les biens et travaux, l’offre se dépose auprès de l’agence d’exécution désignée dans l’avis.
Dans quels pays d’Asie une entreprise européenne est-elle traitée comme un soumissionnaire local ?
Au-dessus des seuils et pour les entités couvertes, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour et à Taïwan, parties à l’Accord sur les marchés publics de l’OMC comme l’Union européenne. L’UE a en outre des accords bilatéraux en vigueur avec le Japon, la Corée, Singapour et le Viêt Nam. Le Viêt Nam n’est pas partie à l’AMP : l’accord UE-Viêt Nam y ouvre une liste d’acheteurs définie. Malaisie, Thaïlande et Philippines ne sont liées à l’UE par aucun de ces engagements.
Les appels d’offres asiatiques utilisent-ils les codes CPV ?
Non. Le CPV est une nomenclature européenne. La BAsD et l’AIIB classent leurs avis par pays et par secteur, et les portails nationaux emploient leurs propres catégories, souvent dans la langue du pays. Une veille par codes CPV n’y voit rien : il faut lire l’objet, l’acheteur et le pays de chaque avis.
Sources de référence
Consultez les références ci-dessous et notre méthode éditoriale. Les documents d’origine font foi ; une synthèse ne remplace pas la validation de votre équipe. Méthode éditoriale.
- Banque asiatique de développement · avis de passation des projets
- Banque asiatique de développement · politique de passation des marchés
- AIIB · opportunités de passation des projets
- AIIB · politique de passation des marchés
- OMC · parties et observateurs de l’Accord sur les marchés publics
- Commission européenne · Access2Markets, marchés publics hors UE
- JETRO · base des marchés publics japonais
- Public Procurement Service (Corée) · achats à l’étranger
- GeBIZ · portail des marchés publics de Singapour
- Gouvernement du Viêt Nam · loi sur les marchés n° 22/2023/QH15
- GPPB (Philippines) · règles d’application de la loi RA 12009
- Banque mondiale · avis de passation des marchés des projets
- UNGM · avis des agences des Nations unies