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Guide · Marchés internationaux

Appels d’offres en Afrique : où ils paraissent et comment y accéder

Routes, eau, énergie, équipements, logiciels, audit : l’Afrique achète beaucoup, et les marchés financés par les bailleurs internationaux sont largement ouverts aux entreprises étrangères. Encore faut-il savoir où ils paraissent. Il n’existe pas de TED africain : les avis se répartissent entre les bailleurs multilatéraux, les agences des Nations unies et les systèmes nationaux propres à chacun des 54 États africains, aux règles différentes.

Publication : VIGLIA Publié le 8 min de lecture
Illustration éditoriale VIGLIA pour « Appels d’offres en Afrique : où ils paraissent et comment y accéder ».

Trois circuits de publication

Avant de chercher un portail, identifiez qui paie le marché. Le financeur fixe les règles d’éligibilité, le lieu de publication et souvent la langue de l’avis.

  • Les bailleurs multilatéraux, la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale en tête. Le marché est passé par l’État emprunteur, mais selon les règles du bailleur, et l’avis est republié sur le site de la banque.
  • Les agences des Nations unies (UNICEF, PNUD, PAM, HCR…), qui achètent pour leurs opérations sur le continent et publient sur UNGM ou sur leur propre portail.
  • Les portails nationaux, où les ministères, collectivités et entreprises publiques publient leurs marchés financés sur budget national.

Un même projet peut passer par plusieurs circuits : un programme d’eau financé par un bailleur paraît sur le site de la banque et, souvent, sur le portail du pays emprunteur.

BAD et Banque mondiale : les marchés des projets financés

La page acquisitions de la BAD publie les avis des projets qu’elle finance : avis généraux de passation (GPN), plans de passation, avis d’appel d’offres (AAO), avis à manifestation d’intérêt (AMI) et attributions. Le 24 septembre 2026, la liste comptait 12 437 documents ; les avis du jour portaient sur des travaux d’infrastructures communautaires et des motopompes au Mali, des audits au Sénégal et au Mozambique, du conseil numérique au Nigeria. Pour les biens et travaux, la BAD réserve ses financements aux fournisseurs de ses pays membres ; le Fonds africain de développement, lui, est ouvert à tous les pays.

La Banque mondiale publie les avis de ses projets dans une base commune, interrogeable par pays. Ses marchés relèvent du Règlement de passation des marchés pour les emprunteurs et sont en règle générale ouverts aux entreprises de tous pays, sous réserve des exclusions qu’il prévoit (entreprises sanctionnées, notamment). Sur les 1 000 avis les plus récents de sa base au 24 septembre 2026, publiés en une semaine, au moins 554 concernaient un pays ou un programme régional africain, et 265 d’entre eux étaient rédigés en français.

Deux réflexes pour ce circuit. D’abord, suivre les avis généraux de passation : ils annoncent les marchés à venir d’un projet, souvent plusieurs mois avant l’appel d’offres. Ensuite, distinguer les procédures : un AMI de conseil précède une liste restreinte, un appel d’offres international pour des travaux est ouvert à tous les soumissionnaires éligibles.

Les agences des Nations unies

Les agences onusiennes achètent sur le continent pour leurs opérations humanitaires et de développement : fournitures médicales, véhicules, abris, énergie solaire, travaux, services informatiques. La porte d’entrée commune est UNGM, où l’inscription fournisseur est gratuite ; le niveau de base suffit pour la plupart des organisations. Les avis indiquent le pays de livraison, ce qui permet de viser un pays africain précis. Le fonctionnement de ce circuit est détaillé dans notre page UNGM et dans le guide des achats NFI des agences.

Les portails nationaux

Chaque pays a son système, sa langue et ses conditions d’accès. Quelques repères pour les marchés les plus actifs, vérifiés sur les sites officiels :

  • Afrique du Sud : l’eTender Publication Portal du National Treasury centralise les avis des organes de l’État. Les fournisseurs s’enregistrent au Central Supplier Database. Les données sont publiées au format ouvert OCDS, sous licence CC BY 4.0 : une API REST datée pour les publications courantes, et des exports mensuels pour l’historique.
  • Maroc : le Portail marocain des marchés publics, géré par la Trésorerie Générale du Royaume, publie les avis de l’État, des collectivités et des établissements publics. Depuis le décret n° 2-22-431 de 2023, le dépôt des offres se fait par voie électronique, avec un certificat de signature électronique.
  • Côte d’Ivoire : la Direction générale des marchés publics exploite la plateforme SIGOMAP, où l’inscription est requise pour participer depuis novembre 2023. La régulation relève de l’ARCOP, qui a remplacé l’ANRMP.
  • Sénégal : le portail des marchés publics, sous la régulation de l’ARCOP ; le Code des marchés publics date de décembre 2022.
  • Kenya : depuis juillet 2025, les marchés passent par le système e-GP Kenya, relié au portail d’information PPIP de l’autorité de régulation (PPRA).
  • Nigeria : le Bureau of Public Procurement tient le registre national des prestataires de l’État fédéral, qui délivre l’attestation d’enregistrement (IRR), et le portail de transparence NOCOPO.
  • Tunisie : TUNEPS, le système d’achat public en ligne, avec une procédure d’inscription dédiée aux fournisseurs étrangers.
  • Égypte et Algérie : le portail égyptien des contrats publics, largement en arabe, et le portail électronique des marchés publics algérien, complété par le BOMOP et la presse.

Ces portails n’ont ni format ni nomenclature communs. Certains publient des données structurées (Afrique du Sud, Kenya, Nigeria), d’autres seulement des pages web ou des PDF. Un avis peut être rédigé en français, en anglais, en arabe ou en portugais.

Afrique francophone, Afrique anglophone

Pour une entreprise française, l’Afrique francophone est le point d’entrée naturel : Maroc, Tunisie, Algérie, Sénégal, Côte d’Ivoire et une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et centrale publient en français, et les avis des bailleurs y sont eux aussi en français. Les pays de l’UEMOA partagent en outre un cadre commun de directives sur la commande publique, repris dans les codes nationaux comme celui du Sénégal.

L’Afrique anglophone (Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Ghana) fonctionne davantage avec des registres fournisseurs obligatoires et des portails électroniques de bout en bout. La barrière n’y est pas la langue mais l’enregistrement préalable : l’anticiper évite de découvrir, à quinze jours de la date limite, qu’un numéro fiscal local ou une attestation est exigé.

Au-delà de la défense : ce qui s’achète

Le gros des marchés publics africains ouverts à l’international n’a rien de militaire :

  • Travaux et infrastructures : routes, adduction d’eau, assainissement, électrification, bâtiments publics. C’est le cœur des projets financés par les bailleurs ; voir notre page construction et infrastructures et le guide des appels d’offres BTP.
  • Numérique et informatique : systèmes d’information de l’État, identité numérique, connectivité, logiciels de gestion ; voir numérique et cybersécurité et le guide des appels d’offres informatiques.
  • Conseil, études et audit : les AMI de conseil sont parmi les avis les plus nombreux sur les sites des bailleurs (audits financiers de projets, assistance technique, études de faisabilité) ; voir conseil et études.
  • Équipements et industrie : pompes, groupes électrogènes, matériel médical et de laboratoire, véhicules ; voir industrie et fabrication.
  • Services : maintenance, gardiennage, nettoyage, logistique des opérations des agences ; voir services et facility management.

Répondre : les points de contrôle

Avant de chiffrer, passez chaque avis au crible de cinq questions. La méthode générale est détaillée dans notre guide pour répondre à un appel d’offres public ; voici ce qui change en Afrique.

  1. Qui finance ? Bailleur, agence ou budget national : la réponse décide des règles d’éligibilité et du recours possible.
  2. Êtes-vous éligible ? Pays membre pour la BAD, absence de sanction pour la Banque mondiale, enregistrement national pour les portails.
  3. Pouvez-vous déposer ? Inscription sur la plateforme, certificat de signature électronique, dépôt physique éventuel : certains prérequis demandent des semaines.
  4. Pouvez-vous exécuter ? Présence locale, sous-traitants, garanties bancaires, dédouanement, devise de paiement.
  5. La langue et les pièces sont-elles maîtrisées ? Traductions certifiées, attestations fiscales et sociales, références comparables.

Ce que VIGLIA couvre aujourd’hui

VIGLIA suit plus de 200 sources officielles dans plus de 60 pays, sur six continents. En Afrique, son périmètre de sources présenté comprend les portails nationaux de douze pays : l’eTender Publication Portal sud-africain, le Portail marocain des marchés publics, le portail des marchés publics de la HAICOP en Tunisie, ATTAAT en Libye, les avis de qualification fournisseurs de la PPDAA au Soudan, GHANEPS au Ghana, le portail de la PPCC au Libéria, le Government Procurement Portal en Ouganda, le portail de la PPDAA au Soudan du Sud, la DNCMP aux Comores, la Procurement Oversight Unit aux Seychelles et le portail de la PRAZ au Zimbabwe. S’y ajoutent les avis de passation de la Banque mondiale, UNGM, les marchés financés par l’AFD publiés sur dgMarket, et les appels d’offres du CICR, du Conseil norvégien et du Conseil danois pour les réfugiés.

L’eTender Portal est lu toutes les six heures via les publications OCDS du National Treasury, sur une fenêtre datée pouvant remonter à un an ; les exports mensuels ne servent que d’archive historique. Ce portail ne couvre pas tous les acheteurs sud-africains : municipalités et entreprises publiques ne sont pas toutes tenues d’y publier. Au Soudan, seuls les avis de qualification des fournisseurs sont lus. Chaque périmètre suivi est convenu avec le client.

VIGLIA ne couvre pas encore la BAD ni les portails nationaux de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Kenya, du Nigeria, d’Égypte et d’Algérie : ils ne sont pas dans le périmètre collecté. Pour ces circuits, les liens officiels ci-dessus restent la référence.

Sur les sources couvertes, VIGLIA rapproche chaque avis de votre catalogue en lisant son contenu, sans dépendre d’un code CPV que ces avis ne portent pas, et conserve le lien vers la publication d’origine.

FAQ

Une entreprise française peut-elle répondre à un appel d’offres financé par la BAD ?

Pour les biens et travaux financés par les ressources de la Banque africaine de développement, seuls les fournisseurs des pays membres de la Banque sont éligibles ; la France en fait partie comme membre non régional. Les projets du Fonds africain de développement sont ouverts aux entreprises de tous pays. Vérifiez la source de financement indiquée dans chaque avis, puis les critères du dossier : références, garanties, capacité financière.

Faut-il une filiale locale pour répondre en Afrique ?

Pas de règle uniforme. Les marchés financés par la Banque mondiale sont en règle générale ouverts aux entreprises de tous pays. Les portails nationaux exigent en revanche une inscription, parfois un certificat de signature électronique (Maroc) ou un enregistrement dans un registre fournisseurs (Afrique du Sud, Nigeria). Un partenaire local aide souvent pour la logistique et le suivi, mais l’obligation se lit dans chaque dossier.

Les appels d’offres africains utilisent-ils les codes CPV ?

Rarement. Les bailleurs multilatéraux et les agences onusiennes n’emploient pas le CPV, et plusieurs portails nationaux classent les achats par catégories propres ou en texte libre. Une veille par codes CPV y est donc aveugle : il faut lire le titre, l’objet et le pays de chaque avis, ce que fait une veille sémantique.

Sources de référence

Consultez les références ci-dessous et notre méthode éditoriale. Les documents d’origine font foi ; une synthèse ne remplace pas la validation de votre équipe. Méthode éditoriale.