Un portail par pays, deux langues
Trois réflexes évitent les fausses pistes. D’abord, tout se joue au niveau national : le Brésil, le Chili, la Colombie, le Pérou, le Mexique et l’Argentine ont chacun leur système électronique, sans passerelle commune. Ensuite, la langue de travail est l’espagnol, et le portugais au Brésil : avis, cahiers des charges, questions-réponses et offres s’y rédigent. Enfin, aucun de ces systèmes n’emploie le CPV européen : le Chili et la Colombie classent selon l’UNSPSC, le Brésil selon ses propres catalogues de biens et de services.
À côté des marchés nationaux existe un second circuit, celui des projets financés par les bailleurs multilatéraux, au premier rang desquels la Banque interaméricaine de développement (BID). Ses règles d’éligibilité et de publication sont différentes : on y revient plus bas.
Brésil : le PNCP, point de passage obligé
La loi 14.133 de 2021 a créé le Portail national des marchés publics (PNCP), destiné à la « divulgation centralisée et obligatoire » des actes qu’elle exige ; son article 54 impose d’y publier l’intégralité de l’avis et de ses annexes (texte de la loi sur le site de la Présidence). La règle vaut pour l’Union, les États et les communes : le PNCP est donc le seul endroit où lire l’ensemble des marchés brésiliens. La transaction elle-même se déroule ensuite sur le système de l’acheteur, par exemple Compras.gov.br pour l’administration fédérale.
Le PNCP classe chaque procédure par modalité. Sa table officielle en compte dix-neuf, dont quatre explicitement internationales : concorrência et pregão, électroniques ou présentiels, « internacional ». Ce sont les procédures pensées pour des soumissionnaires étrangers ; l’article 52 de la loi y encadre la cotation en devise et l’équivalence des garanties entre candidats brésiliens et étrangers.
Côté candidature, l’article 70 prévoit que les entreprises étrangères qui n’opèrent pas au Brésil fournissent des documents équivalents à ceux des entreprises locales. Le registre fédéral des fournisseurs, le SICAF, est gratuit et accepte ces entreprises avec un identifiant spécifique attribué par le système.
Chili : Mercado Público
Au Chili, la Direction ChileCompra opère Mercado Público, la place de marché où plus de 1 000 entités de l’État publient leurs appels d’offres et leurs bons de commande (présentation officielle de l’API).
Pour vendre, il faut figurer au registre des fournisseurs, qui inscrit « les personnes physiques et morales, chiliennes et étrangères » ne relevant d’aucune cause d’exclusion, et y être en situation « hábil » pour contracter. Les pièces d’une société étrangère sont légalisées ou apostillées, et traduites en espagnol si nécessaire (fiche ChileAtiende). La création du compte est gratuite ; l’accréditation au registre est soumise à un tarif annuel publié par ChileCompra, à vérifier au moment de l’inscription.
Colombie : SECOP II
Le SECOP, créé par la loi 1150 de 2007, est le point d’entrée unique de l’information sur les marchés publics colombiens. SECOP II en est la plateforme transactionnelle : les entités y publient, les fournisseurs y répondent en ligne. Le guide de Colombia Compra Eficiente pour les fournisseurs étrangers apporte trois réponses utiles :
- une entreprise sans domicile en Colombie n’a pas besoin du RUP, le registre des soumissionnaires : elle justifie ses capacités directement auprès de l’acheteur, selon le cahier des charges ;
- aucune succursale n’est exigée pour soumissionner ; elle ne le devient qu’en cas d’attribution d’un marché de travaux, de services ou d’un contrat demandant une présence constante dans le pays ;
- les plans annuels d’achat des entités sont publics : ils annoncent les besoins avant l’avis.
Les procédures colombiennes sont publiées en données ouvertes sous licence CC BY-SA 4.0, avec la classification UNSPSC.
Mexique, Pérou, Argentine
Mexique. CompraNet a laissé la place à ComprasMX, la plateforme des achats de l’administration fédérale, opérée par le secrétariat Anticorruption et Bonne gouvernance (annonce officielle). Les personnes physiques et morales, mexicaines et étrangères, peuvent y participer. Les acheteurs y lancent notamment des « licitaciones públicas internacionales bajo la cobertura de tratados de libre comercio », ouvertes aux fournisseurs des pays liés au Mexique par un traité comportant un chapitre marchés publics : lisez l’intitulé exact de la procédure, il dit qui peut répondre.
Pérou. Les procédures paraissent sur le SEACE, sous la tutelle de l’OECE, qui a pris le relais de l’OSCE avec l’entrée en vigueur de la loi 32069 (communiqué de l’OECE). Une entreprise étrangère non domiciliée s’inscrit au Registre national des fournisseurs (RNP) par l’intermédiaire d’un représentant légal ou d’un mandataire ; l’inscription est à durée indéterminée (démarche officielle). Les fournisseurs de biens et de services d’un côté, les exécutants et consultants de travaux de l’autre, suivent des procédures d’inscription distinctes.
Argentine. L’administration nationale achète sur COMPR.AR, opéré par l’Office national des marchés (ONC). L’inscription au registre SIPRO est gratuite, et les soumissionnaires et attributaires étrangers en sont exemptés (disposition ONC 6-E/2018). COMPR.AR couvre l’administration publique nationale : pour un acheteur provincial ou municipal, vérifiez sur quel système il publie.
Les marchés financés par la BID
Dans les projets financés par la Banque interaméricaine de développement, l’acheteur n’est pas la Banque mais l’emprunteur : l’agence d’exécution du projet publie l’avis, fournit le dossier et signe le contrat ; la BID contrôle la procédure sans être partie au marché. Les entreprises des 48 pays membres peuvent participer, sauf mention contraire du dossier, et les entités sanctionnées sont exclues (FAQ achats de la BID). La France fait partie des 22 membres non emprunteurs.
Les avis sont rassemblés sur la page Procurement Notices de la Banque, filtrable par pays, secteur et type de marché. Les plans de passation publiés à l’avance donnent les dates prévisionnelles : c’est le moyen de voir venir un appel d’offres international plusieurs mois avant l’avis. La logique rejoint celle de la Banque mondiale, décrite dans notre guide des appels d’offres en Afrique.
Répondre depuis l’Europe : les points de contrôle
Avant d’engager une équipe sur une réponse, cinq vérifications, toutes lisibles dans le dossier :
- Qui peut répondre. Procédure nationale, internationale, couverte par un traité, financée par un bailleur : l’intitulé et le règlement de la consultation le disent.
- L’inscription préalable. Registre obligatoire (Chili, Pérou), facultatif pour les étrangers (Colombie, Argentine) ou à documents équivalents (Brésil) : les délais d’inscription s’ajoutent à ceux de la réponse.
- Les pièces étrangères. Apostille ou légalisation, traduction, états financiers convertis : c’est le poste qui fait perdre le plus de temps.
- La langue et la monnaie. Offre en espagnol ou en portugais ; cotation en devise seulement si le dossier l’autorise.
- L’exécution. Présence locale, succursale après attribution, garanties, logistique : le coût se chiffre avant le go.
Ces arbitrages ne diffèrent pas de ceux d’un marché français ; notre méthode pour répondre à un appel d’offres public s’y applique, étape par étape. Les secteurs les plus concernés sont ceux où le savoir-faire s’exporte : industrie et fabrication, numérique et cybersécurité, construction et infrastructures, services et facility management.
Ce que VIGLIA couvre aujourd’hui
VIGLIA suit plus de 200 sources officielles dans plus de 60 pays, sur six continents. En Amérique latine, son périmètre de sources présenté compte huit sources dans six pays :
- Brésil. Le PNCP, dont VIGLIA lit l’interface publique de consultation pour chacune des modalités de passation actives (pregão, concorrência, dispensa, etc.), les appels d’offres publics de la Banrisul et les marchés de l’État de Rio de Janeiro.
- Colombie. SECOP II, dont VIGLIA lit le jeu de données officiel des procédures, sur le périmètre convenu avec chaque client.
- Uruguay. Les publications OCDS de l’ARCE, l’agence des achats publics.
- Guyana et Suriname. Le portail eProcure du Guyana et les avis d’appels d’offres publics du gouvernement surinamais.
- Chili. Mercado Público fait partie du périmètre présenté, mais l’API de ChileCompra exige un ticket nominatif que VIGLIA n’a pas encore obtenu : sa collecte démarre avec ce ticket.
Les avis de passation de la Banque mondiale et ceux d’UNGM, également suivis, concernent aussi des projets latino-américains. VIGLIA ne couvre pas encore ComprasMX, le SEACE, COMPR.AR ni les avis de la BID : pour ces circuits, les liens officiels ci-dessus restent la référence. Sur les sources couvertes, chaque avis est rapproché de votre catalogue par la lecture de son contenu, sans dépendre d’un code CPV qu’il ne porte pas, et le lien vers la publication d’origine est conservé.
FAQ
Une entreprise française peut-elle répondre à un appel d’offres public au Brésil ?
Oui, sous conditions. La loi 14.133/2021 prévoit que les entreprises étrangères qui n’opèrent pas au Brésil présentent des documents équivalents à ceux exigés des entreprises brésiliennes, et le registre fédéral des fournisseurs (SICAF), gratuit, les accepte avec un identifiant attribué par le système. Les procédures ouvertes à l’international sont signalées comme telles sur le PNCP. Le dossier de chaque marché reste la référence : pièces, langue, garanties, monnaie.
Faut-il une filiale en Colombie ou au Chili pour répondre ?
Pas pour déposer une offre. En Colombie, Colombia Compra Eficiente indique qu’une société étrangère n’a pas besoin de succursale pour soumissionner ; elle doit en ouvrir une seulement si elle remporte un marché de travaux ou de services exigeant une présence constante dans le pays, et le registre RUP n’est pas exigé des entreprises sans domicile colombien. Au Chili, le registre des fournisseurs accepte les sociétés étrangères, avec des pièces légalisées ou apostillées et traduites en espagnol si besoin.
Les avis latino-américains portent-ils des codes CPV ?
Non. Le CPV est une nomenclature européenne. Le Chili et la Colombie classent leurs achats selon l’UNSPSC des Nations unies, le Brésil selon ses catalogues nationaux de biens et de services, et les avis des bailleurs comme la BID n’ont pas de code commun. Une veille construite sur vos codes CPV ne voit donc rien de ces marchés : il faut lire l’objet et le contenu de chaque avis.
Sources de référence
Consultez les références ci-dessous et notre méthode éditoriale. Les documents d’origine font foi ; une synthèse ne remplace pas la validation de votre équipe. Méthode éditoriale.
- Présidence du Brésil · loi 14.133/2021 sur les marchés publics (PNCP)
- Compras.gov.br · SICAF, registre fédéral des fournisseurs
- ChileCompra · registre des fournisseurs de l’État
- ChileCompra · API de Mercado Público et conditions d’utilisation
- Colombia Compra Eficiente · guide des fournisseurs étrangers
- OECE (Pérou) · inscription au RNP d’un fournisseur étranger non domicilié
- Proyectos México · CompraNet devient ComprasMX
- Boletín Oficial (Argentine) · disposition ONC 6-E/2018, fournisseurs étrangers et SIPRO
- BID · questions fréquentes sur les marchés des projets